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vendredi 16 décembre 2016

avec Pip Culbert en 2009 (3)

L'automne a déjà dévêtu nos campagnes.. quelques fruits presque squelettiques hésitent encore à rejoindre le tapis de feuilles rousses mises à terre.. une jonchée que nous nous surprenons toujours à piétiner..  un craquèlement enfantin radieux murmure alors la symphonie délicieuse d'autres automnes..
Mais ce jour d'octobre, ou de novembre peut-être, je suis au verger, à Saignon, chez Pierre et Kamila.. j'ai découvert ce lieu il y a peu.. là, j'ai pris doucement des habitudes d'escales en chambre d'hôtes.. être а la campagne..  vous savez.. pour un feu de cheminée, une balade dans les bois ou les champs de lavande, sous la haute protection du labrador au manteau champagne.. pour glisser aussi mes pieds  dans des godillots déformés, ces souliers toujours en attente dans une entrée.... la boue est là aussi, belle empreinte des pas, de la terre.
Ce jour donc, je déambule en ce verger.. les confitures ont été patiemment cuites, les fleurs cueillies ou séchées, les graines récoltées.. Une saison intermédiaire, immobile, juste suspendue aux rafales du vent et aux avalanches de pluie qui, sans tarder, gribouilleront cette palette de flanelle. Le bois aura été rentré.. l'hiver alors sera..
Là, au fond de ce verger, sous la protection bienveillante de ces fameuses pommes - ou poires - en fin de saison, deux chaises côte à côte. Non pas vraiment côte à côte plutôt posées en biais, le regard de l'une s'orientant vers l'autre, en angle droit.. les assises se frôlent, osent.. de veilles gabardines accaparent ces drôles de personnes, mi-vagabonds, mi- épouvantails.. des parures trop vastes, bien trop vastes pour ces carcasses décharnées.. soudain pour moi ces deux chaises de jardin décolorées par trop d'étés, par trop d'hivers, sont devenues " mes " deux personnages.. un dialogue muet mais tellement assourdissant.. tant de temps ensemble..
Il s'agit de Conversation, œuvre de Pip Culbert.
Galopent alors dans mon esprit de multiples interrogations sur " deux ", cet étrange et merveilleuse association de deux êtres qui clopin clopant traversent la vie.. demeurent la complicité, le frôlement des tissus, d'un genou.. un regard..  ils se tiennent encore la main et leurs peaux sont devenues trop grandes.. chut.. ils ont une histoire!..
Cette Conversation se poursuivra sur mon plancher de chêne.. venez les écouter!! ils disent encore tant..


Pip Culbert - Conversation - 2009
© Collection IdL 





mercredi 12 octobre 2016

avec Pip Culbert (2)

Pip Culbert... ses dé-coutures!!

Des mouchoirs ainsi déshabillés de leur matière ont déjà galopé sur cette feuille avant de retenir leur géométrie architecturale sur mes cimaises!!

Ce soir, mon regard sera happé par ce petit cadre déposé là, sur un coin de mur, discret et d'une Simplicité  gigantesque.. l'infiniment beau.. blanc.

Le relief à peine perceptible de la couture, seule, évadée du vêtement, de l'objet usuel, pour se présenter ainsi sans artifice..  soudée à sa feuille de papier..
Une écriture en braille, presque.. le désir de laisser le doigt s'attarder sur ces petits bourrelets..  la trace de ce qui fut une poche de chemise, de tablier, de robe.. le savons-nous?? cette poche retint en son temps mille et un petits trésors ou la délicatesse d'un trait de pochette ô combien savamment replié.. élégance!!

La poche!! .. mise à nue!!

Une silhouette fine et légèrement rugueuse.. la trame du coton.. fermons les yeux et invitons notre imagination - un truc d'enfant, ça!  - au rêve.. et si c'était une maison à l'envers, sur pilotis?? ..un toit, quatre murs.. invincibles nous devenons alors, bien à l'abri dans notre cabane de fil..

Merci Pip. Tu as déposé cette oeuvre un jour dans mon jardin d'hiver.. Nous étions alors au verger, à Saignon, sous le grand poirier de Chambre avec Vue.. C'était l'automne.. les feuilles basculaient..

Pip Culbert - Poche décousue - ©Collection IdL




dimanche 21 octobre 2012

avec Pip Culbert

Octobre retient encore ses feuilles, ourlées de rouille et d'or.. les raisins violets improvisent silencieusement l'histoire d'un nouveau cru.. une ivresse pour les soirs de coin de cheminée.. le bois séché repose dans la remise.. la lumière clignote sur une variation moins aveuglante.. les tricots parent les épaules.. et là, au verger de Chambre avec Vue, nous savourons ce temps précieux. Il y a Pip Culbert et Bill. Ils sont magnifiques. Bill kidnappe l'ombre de la bouteille, Pip me parle de tissus, de chemises, de drapeaux, de parures. Pip déshabille le vêtement," la finalité de cette entreprise visant à ne retenir de l'objet que sa face cachée pour n'exhumer que son négatif : les coutures ".

Le tissu.. le coton.. quelle vaste panoplie ! quel ondoiement ! ! il y a ce je ne sais quoi de doudou dans ces matières flottantes !

Nous ne sommes pas dans l'évocation de travaux de dames, de ces heures d'application à mettre en place un patron, face endroit, face envers, droit fil et épingles scellant la matière sur le patron de papier craft..
Non !! Pia vide ! Pip découpe avec minutie et patience le vêtement et n'en retient que les coutures..
D'autres plis..

Pip m’écoute, Pip voit mon mouchoir de coton blotti dans ma main.. le mouchoir.. un objet qui clopine à mes côtés depuis toujours..

Nous avons tous en mémoire des adieux de cinéma en mouchoir agité.. un quai de gare.. l'amour part en voyage.
Et le cher Arthur, travaillant méticuleusement chaque cep de vigne ne portait-il pas sur sa tête ce mouchoir de carreaux pourpres, rustiquement noué au quatre coins ? dame, quelle coiffe !!

Pip désarticulera des mouchoirs.. cent mouchoirs blancs grappillés sur les tréteaux d'une brocante de Saint Cristol.
Les carrés seront lavés et ruisselleront bientôt sur la corde à linge, petits drapeaux improvisés claquant au vent.. des fanions.. certains auront pris des bains de teinture de bleu, d'orangé, de carmin ou de vert..
Ils seront désossés.
Pip glissera ces " ficelles " de couleurs en pochettes.. des séries de deux, de trois, de quatre, des pièces uniques aussi ! Pip dessinera sur la feuille adjacente l'architecture de ces  traces - cette matière - ainsi épinglées au mur..
La sculpture est là, imperturbable et sans pli..
Les ourlets en liberté dansent sur mes murs.. quelle présence !!
Merci Pip !!
Tu as tiré ta révérence cet automne..
Au revoir Pip.

Les petits mouchoirs !

Pip, dans son coeur, La chanson de la Chemise

     Couture et soufflet et col,
     Col et soufflet et couture,
     Jusqu'à ce que je m'endors sur les boutons
     Les cousant dans mes rêves...


Les larmes perdues par Pip Culbert,  2012
Les larmes perdues, par Pip Culbert,  2012
©Collection IdL


Les Larmes Perdues ( Etat préparatoire)  © Collection  IdL


Les Larmes Perdues (Etat préliminaire - Matière brute avant travail)
© Collection IdL