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mercredi 6 janvier 2016

avec Jenifer Corker

Arles.
Janvier grelotte..
Je grimpe la rue de La Calade, vent debout !! Je sais les oeuvres de Jenifer Corker exposées chez FLAIR Galerie, univers ô combien inattendu d'Isabelle Wisniak.. et de Droopy !
C'est un travail minutieux !
L’œuvre qui retient mon attention est un panorama incroyable pioché tout à la fois dans l'univers de la cartographie - je vous parlais bien de navigation !! - du dessin, du bestiaire.

L'œuvre commence tel un de ces étonnants découpages que je m'efforçais de maîtriser enfant, une épingle calée entre les doigts sensée piqueter un contour.. un contour de fleur, un contour d'animal de basse cour.. un contour de je ne sais plus..
Jenifer coud, dessine, enveloppe de brume de plomb cette bête à deux têtes, à double nom (qui est Oscar ? qui est Milly ?)  étrange et sympathique, ancrée sur un film de toile bis.. impeccable !

Cette bête veille et monte la garde, ici, sur mes cimaises !! elle est fantaisie et drôlerie, raffinement  et délicatesse.

 Oscar et Milly, 2015, calicot, fil à coudre, crayon, encre de calligraphie
 par Jenifer Corker © Collection IdL

Oscar et Milly, 2015. Détail

Oscar et Milly, 2015.Verso
(Cliquer sur les images pour les agrandir)


samedi 8 mars 2014

avec Cathryn Boch

Drawing Now.. le salon du Dessin Contemporain au Carreau du Temple à Paris.. le printemps ose à peine !

Arpenter les allées.. l'air est beau.. flottent, sans fard aucun, des mémoires d'école enfantine.. la mine de plomb, le papier.. presque rien !.. le geste en simplicité extrême de la main, des doigts sur le crayon.. les stands sont sereins.. on y murmure.. atmosphère délicate et confidentielle.. envie de glisser ces papiers dans ma sacoche.. je retiens mon désir du trop, inutile !!

Je m'enivre de ces œuvres muettes et ô combien conteuses d'histoires, de légendes, de simple observation.. les visiteurs glissent dans les allées..

La joie de découvrir alors le travail de Cathryn Boch dont la trame de l'œuvre me fut dévoilée, par hasard, un jour déjà lointain, en un atelier du sud de la France.. des bobines de bois blond, vidées de leur fil de coton beige, jonchaient la bâtisse.. le fil avait zigzagué, décidé et solide, accompagné par le roulement cadencé d'une machine à coudre, sur des photographies sépia.. clichés de l'oubli, de paysages vus du ciel, de réunions de famille..genre " trésors enfouis dans une boîte à chaussures !! "
Le papier gondolait alors sous l’épaisseur de ces coutures, improvisant des bosses et des reliefs.. De ci de là, un soupçon de la photo originale apparaissait..
Le paysage était.. remous de l'antan fouettés par une mécanique proposant, masquée mais bavarde encore, la mémoire de ce qui fut.. quelques brides.. un relief !

L'œuvre aux " trois cabanes noires " rentrait dans ma collection.

Trois cabanes noires de Cathryn Boch © Collection IdL
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 



dimanche 21 octobre 2012

avec Pip Culbert

Octobre retient encore ses feuilles, ourlées de rouille et d'or.. les raisins violets improvisent silencieusement l'histoire d'un nouveau cru.. une ivresse pour les soirs de coin de cheminée.. le bois séché repose dans la remise.. la lumière clignote sur une variation moins aveuglante.. les tricots parent les épaules.. et là, au verger de Chambre avec Vue, nous savourons ce temps précieux. Il y a Pip Culbert et Bill. Ils sont magnifiques. Bill kidnappe l'ombre de la bouteille, Pip me parle de tissus, de chemises, de drapeaux, de parures. Pip déshabille le vêtement," la finalité de cette entreprise visant à ne retenir de l'objet que sa face cachée pour n'exhumer que son négatif : les coutures ".

Le tissu.. le coton.. quelle vaste panoplie ! quel ondoiement ! ! il y a ce je ne sais quoi de doudou dans ces matières flottantes !

Nous ne sommes pas dans l'évocation de travaux de dames, de ces heures d'application à mettre en place un patron, face endroit, face envers, droit fil et épingles scellant la matière sur le patron de papier craft..
Non !! Pia vide ! Pip découpe avec minutie et patience le vêtement et n'en retient que les coutures..
D'autres plis..

Pip m’écoute, Pip voit mon mouchoir de coton blotti dans ma main.. le mouchoir.. un objet qui clopine à mes côtés depuis toujours..

Nous avons tous en mémoire des adieux de cinéma en mouchoir agité.. un quai de gare.. l'amour part en voyage.
Et le cher Arthur, travaillant méticuleusement chaque cep de vigne ne portait-il pas sur sa tête ce mouchoir de carreaux pourpres, rustiquement noué au quatre coins ? dame, quelle coiffe !!

Pip désarticulera des mouchoirs.. cent mouchoirs blancs grappillés sur les tréteaux d'une brocante de Saint Cristol.
Les carrés seront lavés et ruisselleront bientôt sur la corde à linge, petits drapeaux improvisés claquant au vent.. des fanions.. certains auront pris des bains de teinture de bleu, d'orangé, de carmin ou de vert..
Ils seront désossés.
Pip glissera ces " ficelles " de couleurs en pochettes.. des séries de deux, de trois, de quatre, des pièces uniques aussi ! Pip dessinera sur la feuille adjacente l'architecture de ces  traces - cette matière - ainsi épinglées au mur..
La sculpture est là, imperturbable et sans pli..
Les ourlets en liberté dansent sur mes murs.. quelle présence !!
Merci Pip !!
Tu as tiré ta révérence cet automne..
Au revoir Pip.

Les petits mouchoirs !

Pip, dans son coeur, La chanson de la Chemise

     Couture et soufflet et col,
     Col et soufflet et couture,
     Jusqu'à ce que je m'endors sur les boutons
     Les cousant dans mes rêves...


Les larmes perdues par Pip Culbert,  2012
Les larmes perdues, par Pip Culbert,  2012
©Collection IdL


Les Larmes Perdues ( Etat préparatoire)  © Collection  IdL


Les Larmes Perdues (Etat préliminaire - Matière brute avant travail)
© Collection IdL