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lundi 6 février 2017

avec Didier Tisseyre

En automne souvent, je grimpe sur la colline, là-bas à Saignon.. Chambre avec Vue est accueil et repos..  le désir d'un feu de cheminée, de promenades en nature rougeoyante et parfumée, de cueillettes de saison, du coing au raisin sans oublier bien entendu les champignons qui percent le feuillage déjà à terre des grands bois.. le désir d'un repli en art aussi, cette saison permettant de belles résidences d'artistes.
Didier Tisseyre est là, venu en presque voisin picorer ces merveilleuses pépites du mois d'octobre.. il y a toujours un vin de vigneron à déboucher et une merveilleuse potée fumante mitonnée par la maîtresse de maison !
Nous sommes en conversation artistique. Je découvre le travail de Didier, sculpté dans le cristal.. les pièces sont lourdes, élégantes et parfaitement graphiques !! la transparence est épaisse et autorise de surprenantes improvisations de lumières.. des éclats retenus, mats, comme si la préciosité de la matière préservait aussi, avec élégance, des attitudes de discrétion. Le poids des sculptures semble allégé par la beauté délicate des modèles.. les fleurs sont là, en construction, encore repliées dans les échanges que nous martelons, vivement, et soudain imprégnés d'une sorte d'urgence. L'urgence de voir, de recevoir, dans les mois qui s'égrèneront alors, ce bouquet d'étonnements..

Didier évoque la Croatie, terre du travail du cristal.. cet ailleurs devient alors exotique, lointain et mystérieux.. cet inconnu participe alors à la surprise en élaboration.. .. les fleurs cueillies sur une autre terre, différente, bousculée par l'histoire..mais toujours une terre d' Art, inlassablement, véritable flambeau d'un peuple courageux..
Le temps de la création est en route et, en attente, le suivi du travail de l'artiste, en son atelier.. Il y aura tout d'abord des maquettes de carton qui deviendront polyester.. le temps des patrons, petits bouts de papier qui dirigeront la forme, l'audace, la force du créateur, comme en haute couture!!
L'artiste voyagera, présentera des bouts de moulage...

Et vint le jour de l'arrivée des grosses caisses de bois, lourdes et massives, écrins impressionnants qui déposeront là, une main fleur, droite et majestueuse, et deux fleurs cueillies sur le sentier de la beauté.. Ces sculptures, à même le plancher de chêne, sont  la mémoire peut être des perce neige, ou des pois de senteurs ou des jonquilles ou des petits cyclamens qui s'éveillaient alors au fil des saisons en des coins sauvages d'une propriété qui s'en est allée..mon jardin imaginaire refleurit !!

Didier Tyssière - Fleur Bleue, 2013
Collection IdL

Didier Tyssière - Fleur Bleue 2013
Collection IdL

Didier Tyssière - La Main 2012 
Collection IdL
Didier Tyssière - La Main 2012 
Collection IdL





jeudi 13 juin 2013

avec Wilhelm Junglas

Un petit village des Alpilles, discret.. là des amis en une belle demeure solide, face à la poste.. de l'autre côté de cette tranquillité villageoise, un bistrot de renommée, " une institution " de retrouvailles et de joyeuses ripailles ! Nous faisons tous escale un jour ou l'autre en cette auberge.. pour l'appétit, pour le sourire du patron, pour une partie de pétanque amorcée sous les platanes.. pour libérer le temps..

Une maison donc, belle et fleurie, des espaces généreux et une cave soignée..
Une pièce voûtée, immense et majestueuse, accueille régulièrement des musiciens, des artistes.. des amis qui demeurent attentifs à l'art! des rendez-vous toujours très élégants !!

L'artiste Wilhelm Junglas accroche, en cette année 2013, ses oeuvres, patiemment élevées sous l'enclume de son atelier, le facteur temps complice de la trace, de l'empreinte, de la perturbation du métal ainsi exposé à la lenteur. L'artiste intervient.. fer, rouille, émail.. une force maîtrisée pour redessiner les silhouettes des villages environnants, des profils.. l'étonnant équilibre, toujours, entre le fer, support de poids habillé de rouille, massif et martelé, et la fragilité, la légèreté de la ligne.. le trait sculpté dans le métal!!
Lourd et fragile.
Dehors, sous les denses feuillages des platanes, une balançoire ondoie.. à quelques pas, au verger, des tomates murissent, le soin discret du jardinier en intention majeure !

Je ne fus pas au vernissage.. Attendre la sérénité d'un jour ordinaire pour vagabonder en ces espaces et rencontrer ce Portrait de jeune femme.. ce panneau de rouille est là.. aussi pour la  traîne immaculée qui danse sur le fer !!

Force et fragilité

Portrait de jeune Femme, 2013 par Wilhem Junglas
 © Collection IdL

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mercredi 17 avril 2013

avec Raphaël de Villers



Raphaël de Villers.. son atelier en terre champenoise est, je vous le disais, un tabernacle de mille objets inédits.
 Là, en cet abri de fortune historique,  je me dirige vers les caisses taillées sur mesure pour les voyages des céramiques, oeuvres aux contours sculptés, réel travail de dentellière.. des éclats d’émaux soudain ruissellent sur leurs versants déjà tant pétris, tellement emplis de fragments de contes, de messages, d’inquiétude peut-être.. l’inquiétude? fi!! tant ces personnages m’offrent une réelle présence ! de l’esprit, de l’humour.. non ! disons plutôt de la personnalité magnifique, grave et audacieuse !!

Brutalement, sans hésitation aucune, j’adopte ces créatures - elles me tendent les bras -  je ne sais plus.. mais la commande fuse et nous suivrons alors, patiemment, et avec toute la magie qui trimbale les échos de voyages en des ailleurs lointains méconnus et inaccessibles, nous suivrons donc la naissance de  « mes «  personnages, de la terre à la cuisson..
Et, par-dessus tout «  ça «  Raphaël me dira  l’inquiétude impatience de l’artiste à l’ouverture des fours, vastes feux communs, pour recevoir, enfin, l’Oeuvre dont la chaleur a su marteler  les formes et désorganiser quelquefois l’intention du maître.. des improvisations qui nous échappent.. mystère et joie de la surprise !!

Elles sont splendides et tellement présentes mes quatre créatures !! de vrais petit diables !



                            
                                


                                                          




samedi 1 décembre 2012

avec Andrzej Wrona


Noël 2012

La maison d’art, là-haut sur la colline du Luberon est écrin ô combien étonnant d’œuvres et de créations façonnées dans des matériaux les plus inattendus.. surprise toujours je suis de ces rencontres subites  avec ce travail en Art qui, sans tintamarre, se glisse avec majesté dans l’écrin de ce que je nommerais mes envies, disons presque mes nécessités..

Dans les corridors de cette maison, des bustes polychromes taillés dans des blocs de bois par Andrzej Wrona, blocs massifs à la présence puissante et délicate, des bustes donc se baladent, tels les figurants d’un décor de théâtre, décor juste posé là, sans fanfaronnade.. la présence de ces personnages, la douceur des couleurs.. alors.. oui vite une idée!! offrir à mes quatre enfants - c’est Noël bientôt!! - leur buste taillé dans le bois.. une sorte «  d’arrêt sur image ».
Ils ont 20 ans, 22 ans, 25 ans, 27 ans..
Ils sont là.. et ma main, en passant, caresse encore leur joue..

Ne partez pas ô enfance.. et dansez encore, longtemps..

La ronde du temps tournoie..  ne bougez plus !! le sculpteur a dit !!


Clara 20 ans,
bois polychrome par Andrzej Wrona
© Collection IdL
Arnaud 22 ans
bois polychrome par Andrzej Wrona
© Collection IdL



Edouard 27 ans
bois polychrome par Andrzej Wrona
© Collection IdL
Nicolas 25 ans
bois polychrome par Andrzej Wrona
© Collection IdL

dimanche 21 octobre 2012

avec Pip Culbert

Octobre retient encore ses feuilles, ourlées de rouille et d'or.. les raisins violets improvisent silencieusement l'histoire d'un nouveau cru.. une ivresse pour les soirs de coin de cheminée.. le bois séché repose dans la remise.. la lumière clignote sur une variation moins aveuglante.. les tricots parent les épaules.. et là, au verger de Chambre avec Vue, nous savourons ce temps précieux. Il y a Pip Culbert et Bill. Ils sont magnifiques. Bill kidnappe l'ombre de la bouteille, Pip me parle de tissus, de chemises, de drapeaux, de parures. Pip déshabille le vêtement," la finalité de cette entreprise visant à ne retenir de l'objet que sa face cachée pour n'exhumer que son négatif : les coutures ".

Le tissu.. le coton.. quelle vaste panoplie ! quel ondoiement ! ! il y a ce je ne sais quoi de doudou dans ces matières flottantes !

Nous ne sommes pas dans l'évocation de travaux de dames, de ces heures d'application à mettre en place un patron, face endroit, face envers, droit fil et épingles scellant la matière sur le patron de papier craft..
Non !! Pia vide ! Pip découpe avec minutie et patience le vêtement et n'en retient que les coutures..
D'autres plis..

Pip m’écoute, Pip voit mon mouchoir de coton blotti dans ma main.. le mouchoir.. un objet qui clopine à mes côtés depuis toujours..

Nous avons tous en mémoire des adieux de cinéma en mouchoir agité.. un quai de gare.. l'amour part en voyage.
Et le cher Arthur, travaillant méticuleusement chaque cep de vigne ne portait-il pas sur sa tête ce mouchoir de carreaux pourpres, rustiquement noué au quatre coins ? dame, quelle coiffe !!

Pip désarticulera des mouchoirs.. cent mouchoirs blancs grappillés sur les tréteaux d'une brocante de Saint Cristol.
Les carrés seront lavés et ruisselleront bientôt sur la corde à linge, petits drapeaux improvisés claquant au vent.. des fanions.. certains auront pris des bains de teinture de bleu, d'orangé, de carmin ou de vert..
Ils seront désossés.
Pip glissera ces " ficelles " de couleurs en pochettes.. des séries de deux, de trois, de quatre, des pièces uniques aussi ! Pip dessinera sur la feuille adjacente l'architecture de ces  traces - cette matière - ainsi épinglées au mur..
La sculpture est là, imperturbable et sans pli..
Les ourlets en liberté dansent sur mes murs.. quelle présence !!
Merci Pip !!
Tu as tiré ta révérence cet automne..
Au revoir Pip.

Les petits mouchoirs !

Pip, dans son coeur, La chanson de la Chemise

     Couture et soufflet et col,
     Col et soufflet et couture,
     Jusqu'à ce que je m'endors sur les boutons
     Les cousant dans mes rêves...


Les larmes perdues par Pip Culbert,  2012
Les larmes perdues, par Pip Culbert,  2012
©Collection IdL


Les Larmes Perdues ( Etat préparatoire)  © Collection  IdL


Les Larmes Perdues (Etat préliminaire - Matière brute avant travail)
© Collection IdL 

vendredi 21 septembre 2012

avec Marie Denis

Je suis à Saignon, en chambre d'hôte avec vue.. sur l'art, le verger, la nature..
Un vernissage en préparation.. la saison 2011 je crois.. La saison de Pâques et Kamila ouvre la Galerie.. un goûter aux saveurs polonaises parfume la maison.

Marie Denis est l'artiste invitée. Son travail.. un œuf gigogne gigantesque pétri de plusieurs essences de bois..
Je ferme les yeux.. il me revient alors.. le  parfum des forêts (le gemmage des pins des Landes) en lisière du Bassin d'Arcachon.. celui des copeaux de bois de chêne effilochés sur le sol d'un menuisier..la sciure.. c'est l'enfance!!

Marie Denis sera l'artiste qui, au fil de nos conversations, créera une grappe de raisins.. sculptée en bois.. elle sera vide, nue, effilochée de ses grains, ce que l'on nomme une " rafle ".. le squelette du fruit de la vigne.. telle l'image des panneaux des " Leçons de Choses " suspendus au tableau noir de nos écoles primaires, avant .. apprendre le pédoncule, la tige, le rameau, le sarment.

L'histoire du Vigneron !

 L'écrivaine Marie Desplechin accompagne l'œuvre de cette lettre :

" Chère Madame,

Il faudra s’y prendre avec une sorte de tendresse, le déposer doucement sur la table, veiller à ne pas le brusquer, à ne pas déranger la pose qu’il a prise, son déhanchement, l’abandon dans le bois clair. Il faudra garder à l’esprit de la pulpe ronde accrochée au bois, les raisins couleur d’eau ; c’est le passepasse de l’absence, tout ce qui manque s’impose, on voit plus, on voit mieux d’autant qu’on ne voit rien. Il faudra le soulever lentement, le soutenir par la nuque et le creux des genoux, l’allonger pieusement. Il faudra retrouver les gestes de Dionysos, quand il porte Ampelos qui vient d’expirer, piétiné par le taureau qu’il montait. Il emporte l’adolescent dans les bras, il le couche sur
un lit de feuilles, là, son premier amour. Plutôt que de le perdre, il le change en sarment. De son sang, il fait le vin, tout le vin sur la Terre ; avant le sang du Christ, c’est le sang d’Ampelos, prenez, buvez, souvenez-vous de lui. Le sarment, c’est son corps étendu, l’appui du coude, le dos cambré, l’arc des jambes, le cou qui ploie. 

Voilà pourquoi, quand vous le déposerez, il faudra, chère Madame, penser aux Pieta. Ce sont des corps dont l’absence est vivante, et qui renaissent toujours. 

Vous en garderez la promesse. "



Nue (La grappe de raisin) sculpture sur bois de Marie Denis, 2012
 © Collection IdL
(Cliquer sur les images pour les agrandir)  


Nue Détail © Collection IdL


Nue Détail © Collection IdL







Nue Détail © Collection IdL

Nue Détail © Collection IdL














Nue sculptures de Marie Denis, 2012 


 Gouache préparatoire à Nue © Marie Denis 





mercredi 1 février 2012

avec Adrien Sina


Des heures de promenade.. quête de petit bois, là haut en ce Lubéron recroquevillé dans les pénombres d'un hiver pâle tapissé d' humus parfumé.. des espoirs de truffes terreuses..
A mes côtés, Adrien Sina..
Marche silencieuse souvent, scandée seulement par les dires de cet artiste de connaissances.
Evoquer l'architecture, un univers qu'il a arpenté du Nord au Sud, d'Est en Ouest, en coupe, en diagonale.
Un projet élaboré quelques années auparavant accroche ma curiosité.. les chambres d'hôtel, refuges trop souvent enlaidis par des extérieurs farineux, confus, traversés des  empreintes d'une industrie envahissante.

Adrien pense des espaces " vue intérieure ".
Adrien, artiste.. vite..  l'urgence de retrouver du carton, des couleurs, un cutter, du plexiglas, de la colle, du blanc, de l'essence de térébenthine... des brindilles, des carcasses d' écorces.
L'installation au salon rouge.. une nuit de labeur.. badigeonner au matin les structures de blanc, planter, colorier.

L'oeuvre est là,  des tranches.. celles d'un hôtel avec vue intérieure.

Adrien Merci



      



     


     


 


  



L'œuvre terminée ©Adrien Sina ©IdL

mercredi 13 juillet 2011

avec Richard Long



L’été se déploie, sec, ensoleillé.. terre craquelée.. cigales au tempo, sans trêve..
Les lavandes ont déplié leurs draps de bleu délavé sur les terres arides de ce bout du Lubéron sauvage..

Là, une résidence d'artistes.. Là, une maison, un verger.. Là, un séjour à la campagne..
Richard Long est là.
L'artiste du LAND ART, silhouette d’échassier, s’échappe au petit matin.. chaque matin.. un rituel.. arpenter l'espace, la campagne.. marcher..

L'artiste est attentif à chaque caillou, à chaque murmure de ruisseau, à chaque brindille.. il amasse cageots et autres objets d'utilité oubliés sur les marchés, les granges.. de vrais trésors.
Ces choses à l'histoire hachée, s'entassent dans l'atelier, étonnées d'une telle adoption..

 

Richard Long.. je ne sais pas comment, ni avec quoi, ni pourquoi.. mais, dans le silence solitaire de cet atelier, ces supports deviennent alors tapissés d'empreintes, de ses empreintes.. traces blanches éternellement apposées sur ces socles de fortune.. une rythmique parfaite..
Je ne sais pas..
Mais..
Le cageot aux coins bleu sulfate est lа, sur le mur/côté jardin de mon univers en art..

Et ça je le sais !!!



Richard Long devant son œuvre


  
 



  " Du bleu sulfate dans le coins "Richard Long © IdL
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 



jeudi 10 mars 2011

avec l'atelier de Raphaël de Villers

en Champagne, un atelier

Raphaël de Villers
Une remise, un hangar, un atelier..
Je ne sais plus
Je vois
Je découvre..
Je m'emplis..

Une arrivée gare de Lyon
Et..
Un fourgon.. genre roulotte " ma vie, mes œuvres ", débordement d'un cumul de brins de créativité,  objets piochés dans la taverne de l'imaginaire.. un pot pourri de bouts de..
Nous roulons.. la Champagne.. les idées  pétillent.. une région inconnue.. des plaines, des batailles
Je savais !!
Mais " ça " non !!!

L'élégance d'un lieu, blotti dans les replis de la mémoire d'une famille.. vous savez ces demeures immortelles qui contiennent encore les galops des enfants, les ronronnements des cheminées, les glouglous des soupes, les fauteuils épuisés de trop d'attentes, les craquements de planchers cirés, pas trop.. le droit de rentrer avec les bottes..

Et, là.. il y a des boîtes, des caisses.. les œuvres voyagent, emmitouflées de mille protections.. des chiffons, des tissus, des ribambelles de draps prêts à emmailloter, encore et encore.. ne pas casser.. veiller..
Les œuvres sont là, regroupées en cet atelier de plein air, grange de rassemblements.. en attente d'une vitrine, d'une exposition, de l'adoption d'un collectionneur..
Je suis étonnée..
Une commande pour ma collection.. en préparation !
Raphaël touche, console, rafistole, caresse..



                


       


© Raphaël de Villers
© Raphaël de Villers
 







© Raphaël de Villers