mercredi 13 juillet 2011

avec Richard Long



L’été se déploie, sec, ensoleillé.. terre craquelée.. cigales au tempo, sans trêve..
Les lavandes ont déplié leurs draps de bleu délavé sur les terres arides de ce bout du Lubéron sauvage..

Là, une résidence d'artistes.. Là, une maison, un verger.. Là, un séjour à la campagne..
Richard Long est là.
L'artiste du LAND ART, silhouette d’échassier, s’échappe au petit matin.. chaque matin.. un rituel.. arpenter l'espace, la campagne.. marcher..

L'artiste est attentif à chaque caillou, à chaque murmure de ruisseau, à chaque brindille.. il amasse cageots et autres objets d'utilité oubliés sur les marchés, les granges.. de vrais trésors.
Ces choses à l'histoire hachée, s'entassent dans l'atelier, étonnées d'une telle adoption..

 

Richard Long.. je ne sais pas comment, ni avec quoi, ni pourquoi.. mais, dans le silence solitaire de cet atelier, ces supports deviennent alors tapissés d'empreintes, de ses empreintes.. traces blanches éternellement apposées sur ces socles de fortune.. une rythmique parfaite..
Je ne sais pas..
Mais..
Le cageot aux coins bleu sulfate est lа, sur le mur/côté jardin de mon univers en art..

Et ça je le sais !!!



Richard Long devant son œuvre


  
 



  " Du bleu sulfate dans le coins "Richard Long © IdL
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 



mercredi 22 juin 2011

avec Christian Laudy

A cette époque là, je visitais souvent la résidence d'artistes de Saignon.. chambre avec vue.
Le plaisir rassurant de ces balades en corridors et espaces de jardin plantés d'œuvres.. regarder et voir, découvrir, laisser l'art me conter une histoire - la mienne en fait !! - et poursuivre cette nonchalance ô combien confortable et rassurante.. rien de comparable avec les promenades lointaines en vestibules et salons des maisons - de famille - de jadis !! .. des tableaux souvent effrayants !
La nécessité, toujours, de mes aïeux de vouloir affirmer, et avec quelle autorité, une ressemblance avec l'un ou l'autre.. effroi !!

Un dessin retient mon attention..à la mine de plomb.. l'humour de ce dos d'homme courbé planté d'un âne.. qui porte qui ?

Christian Laudy est toujours préoccupé par l'idée de nature et n'a d'autre choix que de nous montrer " comment c'est.. "

François a toujours eu de la tendresse pour les ânes.. je pense que cette œuvre me redit cette complicité..

Je ne sais pourquoi mais ce dos d'âne me fait encore sourire sur les cimaises de mon appartement.. j'ai commencé..


Dos d'âne par Christian Laudy  2005 © Collection IdL 2011

samedi 4 juin 2011

avec Takehiko Nakafuji

Je ne sais pourquoi cette photographie, délicatement déposée dans une  minuscule boîte de verre, aux côtés bleutés et festonnés, est là, discrètement posée sur un rebord du mur, au creux d’une petite lampe noire en bakelite..
Je ne sais pourquoi..

Si !! un peu !! parce que j’ai rencontré Sophie Boursat, merveilleuse collectionneuse passionnée de photographies japonaises.. elle me conta des histoires de lа-bas, si loin.. elle me parla de
Takehiko Nakafuji..
Sophie me présenta ces petites boîtes.. des clichés pris dans le grand aquarium de Beijing.
L’oeuvre est délicate, saupoudrée d’un reflet de fond sous marin.. la lumière clignote !!
Le voyage est là, précieux et irréel..

J’ai toujours aimé les boîtes.. réceptacles anodins de tant de mémoires.. des contreforts pour l’oubli..


Boîte de...
 Takehiko Nakafuji, en collaboration avec l'artiste verrière Nido, 2009
© Collection IdL, 2011


Boîte de...
 dans l'environnement de la collection IdL 



jeudi 10 mars 2011

avec l'atelier de Raphaël de Villers

en Champagne, un atelier

Raphaël de Villers
Une remise, un hangar, un atelier..
Je ne sais plus
Je vois
Je découvre..
Je m'emplis..

Une arrivée gare de Lyon
Et..
Un fourgon.. genre roulotte " ma vie, mes œuvres ", débordement d'un cumul de brins de créativité,  objets piochés dans la taverne de l'imaginaire.. un pot pourri de bouts de..
Nous roulons.. la Champagne.. les idées  pétillent.. une région inconnue.. des plaines, des batailles
Je savais !!
Mais " ça " non !!!

L'élégance d'un lieu, blotti dans les replis de la mémoire d'une famille.. vous savez ces demeures immortelles qui contiennent encore les galops des enfants, les ronronnements des cheminées, les glouglous des soupes, les fauteuils épuisés de trop d'attentes, les craquements de planchers cirés, pas trop.. le droit de rentrer avec les bottes..

Et, là.. il y a des boîtes, des caisses.. les œuvres voyagent, emmitouflées de mille protections.. des chiffons, des tissus, des ribambelles de draps prêts à emmailloter, encore et encore.. ne pas casser.. veiller..
Les œuvres sont là, regroupées en cet atelier de plein air, grange de rassemblements.. en attente d'une vitrine, d'une exposition, de l'adoption d'un collectionneur..
Je suis étonnée..
Une commande pour ma collection.. en préparation !
Raphaël touche, console, rafistole, caresse..



                


       


© Raphaël de Villers
© Raphaël de Villers
 







© Raphaël de Villers

jeudi 21 octobre 2010

avec Hassan Musa

 L'automne est là en cette année 2010. La maison d'art de Saignon  - chambre avec vue  - m'accueille.. le besoin de respirer les premiers tourbillons de l'automne..

 Une exposition de Hassan Musa est en préparation dans la région. Pierre, commissaire, a accroché quelques toiles de cet artiste soudanais dans le salon rouge de la demeure, dans les escaliers.

J'ignore tout de ce travail.. mais une toile, plus particulièrement, flotte devant mon regard, ondoie et fait claquer un ruissellement confus d’émotions, de repères.. un Saint Sébastien, des jeunes filles empruntées à Gauguin, des fleurs délicates .. les couleurs, comme essorées de trop d’éclat, enveloppent cette scène multiple.
Le charivari opère.
Je roule cette toile, ce tissu, pour un départ immédiat vers mes cimaises !


                        
                             Femmes de Saint Sébastien 1997-98 par Hassan Musa
                            © Collection IdL 

                              
                                         Détail
 
Détail

                                                




                                  


lundi 5 avril 2010

avec Betty Bui


Pâques est fleurie et azurée cette année là..
Betty Bui est l'artiste invitée de la Galerie Kamila Regent à Saignon.. des chaises de rouge opéra jalonnent le dédale des corridors de cette maison d'art.. des chaises aux poses érotiques murmure-t-on dans les couloirs.. sourires et légèreté de cette belle après midi..

La chaise Amazone attire mon regard, ou plus exactement m'entraîne parmi les rubans toujours plus ou moins soyeux de l'enfance : petite fille, pétrie de silence et d'étonnement, il m'était demandé de poser dans le grand escalier au tapis rouge, sous le portrait immense de mon arrière grand-mère (la Dame aux pavots !! cultivés alors sur son balcon.. chut!!), une poupée de cire aux yeux de porcelaine (les brocantes sont toujours très intéressées par ces " jouets d'enfant! " ) dans les bras... Mon arrière grand-mère, digne et droite, se dressait sur un cheval puissant, magistrale et autoritaire, en monte amazone.. je n'oublierai jamais !!
Intrigue de ce petit scénario chaque année renouvelé..

Alors l'œuvre de Betty Bui, n'est-ce pas, glissa dans le coffre de ma carriole..


 "Amazone". Série Les Amants, 2004
 sculpture mobilière de Betty Bui
© Collection IdL 


" Amazone " de Betty Bui exposée
 au Centre d'Art Contemporain de La Garde d'Adhémar 



Affiche de l'exposition 
                       

mercredi 4 novembre 2009

avec Jérôme Soret

L'automne chatouille un peu les feuilles des grands arbres en bordure de Seine.. je marche dans Paris, le col de ma veste soyeusement complice des premiers frissons.. l'air est juste parsemé d'un indéfinissable parfum de sans souci..

Ce soir, j'ai rendez-vous à la Galerie d'Agathe Gaillard. Je suis encore toute illettrée en art, en photographie.. mais François me donne rendez vous là..  rencontrer Jérôme Soret, son ami, éternel promeneur arpentant sans lassitude aucune,les chemins de Paris.. pas un pavé qui ne lui soit inconnu !  Nous pouvons le surprendre aussi, rêveur, la main resserrée sur le guidon d'une bicyclette piochée dans des rebuts qualifiés de haut vintage. Qui accompagne qui ?

Les oeuvres de Jérôme sont accrochées là, au fond de cette galerie mythique à la façade rouge.. pas loin, quelques bouteilles familières enchantent les visiteurs, nombreux, connaisseurs, joyeux, passagers habituels des lieux.. une atmosphère particulièrement confidentielle et complice rapproche les uns les autres.. Agathe veille, écoute, raconte.. une mémoire! la première à avoir osé exposer la photographie..

Je fais la  connaissance de Jérôme.. il est grand ami de François. Ensemble ils réévaluent l'enchantement du monde.. des heures durant.. l'un et l'autre animés du même respect.. une haute estime. Ils s'appliquent, inconditionnellement, à fureter dans les coulisses de l'oubli, du presque rien, du trait de lumière qui soudain se pose sur un arrosoir de zinc.. Les fameux immenses minuscules chers à Henri Michaux.

Je suis dans un univers.. mon regard parcourt les cimaises.. Chaque photographie me raconte une histoire, les bouts de la mienne, et m'arrache avec talent а la mélancolie du temps passé.. les images en noir et blanc sont lumineuses et avec minutie me bousculent un peu. Je suis à la lisière de l'univers.
La photographie Hommage à Irving Penn est pastillée d'un point rouge... Pour le PASSAGE !!

Nous sortons, tanguant un peu.. l'ivresse des flacons délicieusement enroulée autour de celle, tellement fragile, de l’émotion.
Je suis adoptée!

Bras-dessus bras-dessous nous poussons la porte ô combien historique du Trumilou.. Le Saint Pourçain s'impose presque..

Jérôme Soret - Hommage à irving Penn, 2002
Collection IdL 2009

mardi 10 octobre 2006

avec Dequesne

Ce jour là,
Rue du Faubourg Saint-Honoré je marche, les doigts encore un peu engourdis par un stylo plume récemment enserré.. une signature gravement définitive martèle désormais un document officiel, celui d’un " au revoir " à une demeure ancestrale..

Je marche donc, sans intention, sans projet particulier pour accompagner cet instant tout aussi particulier..

Rue du faubourg Saint Honoré donc, au hasard de cette déambulation sans intention,  je stoppe sans préavis devant la vitrine d’une galerie d’ art ..
Un territoire alors inconnu..
Et là, derrière la vitrine, ou plutôt presque déjà sur le trottoir, tel un intouchable, le tableau d’un presque début de collection..
Il me contait, sans artifice, la possibilité de câliner le passé des aïeux tout en badigeonnant le quotidien d’allures plus audacieuses..
Une console tarabiscotée, sous le contrôle d’un miroir sévère, accueillait, sans façon, l'ordonnance contemporaine d’une table épurée et de chaises longilignes.. !!!

La réconciliation des époques.. la tendance qui oscille désormais sur mon plateau de chêne, charivari improbable d’oeuvres invitées..  ô combien majestueuses et attentives !!!



©Dequesne  ©Collection IdL
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)







vendredi 8 juillet 2005

avec Lucien Clergue

Un appartement sous les toits d'Arles.. à l'écart, et merveilleusement lumineux.. une escale de quelques petites années.. après un nomadisme vers des ailleurs sans mémoire..
Habiter Arles.. se laisser bercer par les flots du Rhône.. arpenter les ruelles martelées de tant de majesté antique.. gravir la rue de La Calade, vers l'Amphithéâtre, le Théâtre Antique.. bifurquer de ci de là et, régulièrement, me retrouver devant la bâtisse de l' Ecole de la Photographie..  chaque été les Rencontres Internationales de la Photographie - les RIP !! - me parlent de prises de vue.. des êtres de blanc/noir vêtus arpentent les rues, se rassemblent place du Forum.. des écrans de projection se dressent.. je suis là, parmi eux, passager anonyme de tant d'histoires, celle de la photographie !!  celle de Lucien Clergue, fondateur talentueux de cet enseignement.. feuilleter ses ouvrages, reflets de ses regards sur la Camargue.. les nus en lisière d'écume..
Le désir de m'approprier une " image ", une oeuvre témoin de mes années vécues en ces terres marécageuses.. le désir toujours de laisser une trace, une empreinte.. Celle-ci sera féminine.. sera ce corps habillé des plissements de la mer.. parure éphémère et ô combien poétique, féminine et irréelle, ourlée de pudeur, confiée à l'improvisation des flots..
Merci la mer de tant de beauté ..
Gravir alors la rue de l'atelier de Lucien.. sonner.. m'introduire dans cet atelier.. autoriser le Maître à dévoiler ses oeuvres, une à une.. très vite le choix s'impose.. Née de la vague..

Née de la Vague - Camargue  © 1956 Lucien Clergue
 © Collection IdL
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