jeudi 24 mars 2016

avec Tatiana Wolska


Le salon du dessin contemporain, Drawing now.

Nous avons déjà déambulé ensemble dans ces travées de chuchotements et de mines de plomb.. Je retrouve les galeries de mes habitudes..  dirigeons nous vite vers la Galerie Papillon... l’éclat des deux sourires de Claudine et Marion.. et sur les cimaises, chaque année, des signatures nouvelles jonchent les toiles.. Tatiana Wolska 
J'apprends..
Je sais l'application de la main, audacieuse et concentrée, seule baguette dirigeant sans tremblement aucun la composition d'une empreinte sur le papier. L’étonnement enivre mes pupilles.. je ne saurai jamais dire ce brin de folie qui, soudain, vient picoter une certaine maîtrise de mes désirs..

Pourquoi un dessin d'encre et d'acrylique vient-il perturber l'ordonnance de mon maintien ? Pourquoi tout voile d'indifférence se trouve-t-il  soudainement arraché à la trame sereine de mes intentions ?
Pourquoi un dessin se précipite-t-il  vers moi ?
Il me conte très certainement, avec des mots grappillés dans les empilements de mes souvenirs, de mes émotions, de mes doutes et de mes victoires, il me conte ce que jamais je ne saurai dénicher sans la magnificence de l'Art.. complices nous devenons !!

Ce dessin lа serait une paupière de cils broussailleux, non peignés.. ou une frange d'herbes plantées dans les dunes pour retenir le sable, là-bas sur les plages de l'Atlantique ?.. d'ailleurs, quelques grains dorés barbotent dans l'eau salée à peine bleutée.. j'aime aussi ce minuscule trait d'encre échappé de la plume.. petit confetti de l'imprévu !

Le printemps n'ose pas encore.. Le ciel de Paris est toujours un peu hivernal, poinçonné de discrètes  intentions de lumière bariolée de renouveau..


Tatiana Wolska - Sans Titre, 2016
(42 X 56 cm) -  Détail
© Collection IdL




mercredi 6 janvier 2016

avec Jenifer Corker

Arles.
Janvier grelotte..
Je grimpe la rue de La Calade, vent debout !! Je sais les oeuvres de Jenifer Corker exposées chez FLAIR Galerie, univers ô combien inattendu d'Isabelle Wisniak.. et de Droopy !
C'est un travail minutieux !
L’œuvre qui retient mon attention est un panorama incroyable pioché tout à la fois dans l'univers de la cartographie - je vous parlais bien de navigation !! - du dessin, du bestiaire.

L'œuvre commence tel un de ces étonnants découpages que je m'efforçais de maîtriser enfant, une épingle calée entre les doigts sensée piqueter un contour.. un contour de fleur, un contour d'animal de basse cour.. un contour de je ne sais plus..
Jenifer coud, dessine, enveloppe de brume de plomb cette bête à deux têtes, à double nom (qui est Oscar ? qui est Milly ?)  étrange et sympathique, ancrée sur un film de toile bis.. impeccable !

Cette bête veille et monte la garde, ici, sur mes cimaises !! elle est fantaisie et drôlerie, raffinement  et délicatesse.

 Oscar et Milly, 2015, calicot, fil à coudre, crayon, encre de calligraphie
 par Jenifer Corker © Collection IdL

Oscar et Milly, 2015. Détail

Oscar et Milly, 2015.Verso
(Cliquer sur les images pour les agrandir)


samedi 24 octobre 2015

avec Anne et Patrick Poirier

Revoir Paris !!

La FIAC en ce mois d’Octobre lumineux nous a convoqués.. arpenter les travées du Grand Palais.. être là, en ce Temple de l’Art Contemporain..
Pour moi, le désir seulement de m’inscrire en quelque sorte а un cours intensif d'Art Contemporain.. lever le nez sur les Appellations des Galeries.. tabernacles de ce que le monde propose en excellence!!
Autoriser mon regard à balayer - et à enregistrer - les œuvres cérémonieusement déposées sur les cimaises.. chuchoter, adopter - essayer, en vain!! - l’attitude un peu empruntée de collectionneurs ô combien avertis.. une légende!! cocasse le salon de la FIAC!!

L’envie de compléter mon instruction par quelques visites " in situ " des galeries. J’aime ces lieux, véritables chapelles d’un pacte établi entre le galeriste et " ses "  artistes..

Une exposition d'Anne et Patrick Poirier,  magnifique, assure l’actualité de la Galerie Mitterrand.
Une belle rétrospective, vertigineuse !
Regarder, longtemps, ces œuvres.
Et le désir de glisser dans mes cartons une photographie de la série Palmyre, « cliché »  des ruines de l'ancienne cité, revue et corrigée par le talent pictural des artistes.. un  passé lointain et majestueux qui s’imprime dans notre présent chaotique..

L’art me dit aussi l’histoire!! ..une mémoire.

Palmyre 1992
 Photographie rehaussée à la peinture d'Anne et Patrick Poirier
© Collection IdL
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 


vendredi 18 septembre 2015

avec Baltasar Dürrbach


Septembre 2015, l'automne toujours et sa nonchalance rougeoyante.

Baltasar Dürrbach expose ses dessins sur les cimaises de FLAIR Galerie, en Arles.. un bestiaire merveilleux empli de ses compagnons, de mes compagnons aussi, picorés ça et là au cours des années écoulées.. des animaux domestiques !

Il est des bêtes plus bizarres.. bizarres oui ! pas extravagantes !! non !! juste le tracé d'une plume qui adopte des contours audacieux, étonnants et loufoques !!

Des animaux préhistoriques ou totalement imaginaires apprivoisent le papier.. la fantaisie n'est pas hasard mais application d'un assemblage minutieux d’éléments aux rencontres peu probables..

J'aime et décroche vite la Bête à deux trompes..

Envie de m’évader aussi sur le chemin des saltimbanques, baladins de l'improbable..

all friends!!


La bête à deux trompes par Baltasar Dürrbach, 2015
© Collection IdL



                       

samedi 5 septembre 2015

avec John Stewart

Un vernissage en la Galerie d'Anne Clergue. Le photographe John Stewart invité.

Nous sommes en Septembre.. des effluves de vendanges pour certains.. pour d'autres des échos de tauromachie ! un air de rentrée rassemble les uns et les autres.. des visages aux mines superbes tanguent sur le trottoir ! l'humeur est belle, légère..
Et pour moi, la mémoire d'un autre septembre - le précédent -, d'un autre accrochage de John Stewart.. de la présence d'un autre artiste.. chut!!

Un soir donc de souvenirs chapeauté de curiosité : le travail de John Stewart étonne toujours.. un regard sculpté pour saisir la trame, le tissu, les plis.. habitués nous sommes à son travail en noir et blanc, à cette profondeur de contrastes. Ce soir, la couleur est là, royale et attentive ! elle ne flamboie pas.. non, la couleur est discrète, un peu confidentielle, découpée dans les éclats de dame nature, sans fard ! ..
Ce sont les photographies d'un  " défilé au Mas de la Bélugue. "
Je regarde.

Une cape de tauromachie.. ruissellement de retenues graves..
La cape ondule, allongée sur un tapis d'iris jaunes, ces iris sauvages qui ourlent les fossés marécageux de Camargue à l'orée du printemps.. ne pas cueillir ces coroles dorées.. elles flétrissent aussitôt, indomptables !

Anne glisse un point rouge à côté du tableau.. la cape est mienne !! pour les iris !!




Mariposa. Photographie de John Stewart 2015 © Collection IdL
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 



samedi 29 août 2015

avec Guillaume Degé

Je découvre le Salon du Dessin Contemporain de Marseille, Paréidolie au château de Servières.. Une appellation à la résonance complexe..une adresse de conte de fée.
L'invitation est parée de ces petits atouts délicats qui animent ma curiosité..
Le mois d'Août va se refermer.. Septembre envisage doucement des intentions automnales.. un élan encore bien camouflé !!

Très vite, ce salon m'entraîne comme toujours dans des allées inconnues, méandres éphémères d'une installation de stands calfeutrés.. Vous savez.. le silence de la mine de plomb et des crayons de couleurs, des gouaches et des aquarelles.. des oeuvres courageuses qui définitivement, sans artifice, imposent leurs présences.. et me racontent une histoire, un bout de souvenir blotti sur un papier choisi, une évocation d'un petit rien qui, sans intention fanfaronnante, demeure assoupi au fond des mémoires..

Papier Japon, Papier ancien, Papier chiffon.. chaque artiste choisit avec une attention ô combien minutieuse et personnelle la trame qui retiendra l'oeuvre.. une peau que l'on aimerait toucher, palper.. une attirance pour le grain, le relief, la pigmentation.. oui !! sensualité !!
C'est déjà une histoire..

Je marche.
Le silence murmure.
Les œuvres sont là, multiples et encore secrètes.. anonymes.. des intentions retenues..

Je vais, je viens
Je déambule sans aucune intention..  déjà les papiers dansent presque sous mon regard, se froissent, s’épaississent, s'allongent et s’étirent.. séduction ?? non !! c'est moi qui avance vers la conquête, toujours sans intention de " capture ".. une première attirance, une seconde, une troisième peut être.. et la cadence s'accélère.. je suis absolument envoûtée par ces dessins.

Je choisis la couleur, je choisis la forme, je choisis cette oeuvre de Guillaume Degé merveilleusement présente dans la Galerie Sémiose.

Mais est-ce bien moi qui " choisis "? Je confierais plutôt cette démarche à une petite musique intérieure.. et au divan !!

Guillaume Dégé,  2015, Sans titre,
 Gouache sur papier XVIII°, 20,5 x 16,5  © Collection IdL

dimanche 5 juillet 2015

avec Andrew Huston

Tulette.. un petit village de la Drôme, discret, posé lа sous le soleil encore excessif de cette fin d’après midi.. la quadrature des sillons des vignes retient encore la mémoire active d’un paysage viticole..

Là, au fond d’un chemin terreux et gentiment poussiéreux (ah !! cet été excessif !).. une maison vigneronne !! une vraie, sans fard, ni rosier au bout des rangs (les anciens disaient alors que ces feuillages  étaient les premiers à être atteints par le  Mildiou.. clignotant pour sulfater alors les ceps de vigne..un peu « pour faire joli »  et piochée dans de drôles de mémoires bordelaises sans doute cette histoire de maladie des roses !!)

Une longue maison donc « dans son jus », des murs йpais un peu essoufflés certes mais tellement conscients encore d’offrir un peu de fraîcheur aux habitants de l’été, d’ici, hommes et femmes au sourire ineffaçable.. passionnés par l’art.. joyeux, accueillants, généreux..
Dehors, un bassin agricole destiné à la préparation des divers traitements.. de l’eau fraîche y chantonne et les artistes en fin de résidence, assis sur la pierre, y puisent réconfort et détente discrète après une journée de labeur..

La nuit venue, une table danse sur des tréteaux.. des guirlandes de lampions multicolores re-dessinent les étoiles.. de savoureuses ripailles.. des bavardages tout azimut..

Nous sommes un soir de vernissage.. des artistes.. deux mois pour dénicher de quoi créer des œuvres in situ, ici et là..
Visiter.. se faufiler dans le dédale des chais, grimper une échelle.. et l’ivresse de cette cave emplit d’émotion ce petit voyage.. de la terre battue.. des presque rien qui disent plus que tout !!

Franchir, avant de s’éloigner, le seuil de la demeure..  « l’œuvre au bleu »  d’Andrew Huston, le Maître de maison, danse sous mes yeux encore tapissés de lumière de lune.. partir avec cette œuvre, l’œuvre d’un soir d’été, là et nulle part ailleurs.
Merci Karole
Merci Andrew


L'œuvre au bleu © Andrew Huston 2015
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Andrew Huston devant l'œuvre accrochée chez IdL
   

samedi 20 juin 2015

avec Niki de Saint Phalle

Le printemps m'avait entraînée sur les rivages de l'Atlantique, en cette terre basque qui retient toujours et encore tant de mémoires.. l'océan, inlassablement, me rappelle vers ces contrées..
Nous étions encore hors saison, en avril peut être.. le désir de descendre vers l'Espagne, Bilbao, le Musée Gugenheim, l'exposition des œuvres de Niki de Saint Phalle. L'exposition fermait ses portes peu après.. le confort, immense, de déambuler en ces espaces sans piétinement.. prendre alors pleinement conscience du travail, gigantesque, puissant, de cet artiste.. Une scénographie franche et ô combien vive, sans retenue aucune.. du plein champ !! de l'éclat, des claquements, des détonations.. les salles muettes improvisaient un scénario impressionnant..une reconstitution historique d'un talent colossal!!
Retenir tant d'images.. les déplacer doucement dans les fonds de mes émotions en art.
Le temps passe..
Juin, chemin faisant, Paris.. la Galerie Mitterrand, espace généreux. Niki de Saint Phalle là. Bonheur et " fierté " de savoir un peu.. flâner, flâner toujours en galerie..laisser au temps
la cadence nécessaire pour oublier dehors.. être présente, juste présente. le regard seul agit, en direct avec le désir, soudain, de décrocher une Sérigraphie.. elle est grande.. elle raconte des histoires, petites pépites de mots accrochés ça et là.. un tableau d'enfant ô combien parvenu en maturité. C'est vif, c'est ourlé d'humour.. Ça claque et ça repose sur mes cimaises.. Je crois que ça chante !!


Dear Diary - My men 1994-95, sérigraphie de Niki de Saint Phalle
© Collection  IdL

              
                   Dear Diary - My men 1994-95 (Détail)
Dear Diary - My men 1994-95 (Détail)

              
                 Dear Diary - My men 1994-95 (Détail)
Dear Diary - My men 1994-95 (Détail)
           

vendredi 12 juin 2015

avec Sandrine Rousseau

Juin 2015.. avant que l’été ne dépose ses fagots de soleil enrubannés d'azur, je file en la Galerie d'Anne Clergue..

Un nouveau vernissage.. l'idée, toujours, de quelque chose à découvrir, à dénicher.. un bourdonnement d'impatience enfantine chantonne en moi tandis que mes semelles martèlent le pavé de la cité.

Un étonnement ourlé de découverte, toujours, flotte  sur les cimaises de cette Galerie, à quelques pas de la Place du Forum..

Ce soir, les œuvres de Sandrine Rousseau seront de sable et de roc parées - SAND AND STONE-  deux supports qui, sans fard, accompagnent l'ondulation de notre socle terrien tout en martelant de solidité l'assurance de nos pas..

Ce soir là, je choisis le roc.. besoin d'angles, d'arêtes, de limites, d'architecture..
L'œuvre de Sandrine accroche " tout ça ".. le mouvement galope dans un escalier plongeant vers les rivages du Rhône.. l’évasion en tentation..

Le Rhône.. Il est là toujours, depuis ces décennies en Provence vécues.. Arles, Tarascon, Avignon.. le Rhône, rampe ferme de mon nomadisme souvent incertain..

Le sable.. des rondeurs et des courbes.. de la fluidité..
Le sable.. je le retrouverai en terre Atlantique, complice permanente d'autres vagabondages..

 " Sand and Stone " par Sandrine Rousseau, 2015
© Collection IdL

vendredi 20 mars 2015

avec Pierrick Sorin

La Galerie Pièce Unique me fut conseillée par un ami. De passage à Paris, en mes rondes artistiques, j'oriente mes pas, dans la frilosité d'un hiver coriace, vers ces lieux légendaires de St Germain des Près..

Une Galerie, deux adresses.. un seul artiste : Pierrick Sorin !
Je pousse la porte de la rue Mazarine avec un peu de confusion..

Que vais-je dire ?
Que vais-je expliquer ?
Que fais-je seule en ces lieux, intimidants et inconnus ?

Je vais VOIR!!  Le regard est merveilleux.. il est silence, il est attitude, il est secret.. seuls des éclairs  fugaces, d’étonnement ou d' émotions pudiques, peuvent clignoter dans le petit cercle confidentiel de la pupille !!

Alors j'ouvre les yeux, je regarde et..

Je découvre le travail de Pierrick Sorin, fervent pratiquant de l'auto-filmage..

Plusieurs boîtes animées offrent de surprenantes scènes, cocasses et déroutantes, décalées, telles des micro plans, façon Woody Allen.. C'est drôle et touchant.. une réelle correspondance s’établit peu à peu avec ces Hologrammes !!

Hologramme.. j'avais bien lu ce mot quelque part, auparavant, mais ce jour-lа je prends conscience, totalement, de la technologie exacte de ce procédé.. délirant.. humoristique et, inévitablement, un peu " rétroviseur " de sa propre biographie..

VELOCITE  MATINALE est là, chez moi, petite lucarne animée et musicale..

Vélocité matinale, 2014. Théâtre optique édition 1/3
© Pierrick Sorin © Collection IdL

                                          
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vendredi 4 juillet 2014

avec Jenny Lexander

Juillet  2014, en Arles.. les Rencontres Internationales de la Photographie claquent dans les ruelles de la cité, alourdies d'azur et de soleil.. Nous cherchons l'ombre.. La galerie d'Anne Clergue sera cette oasis de respiration, de reprise de souffle..
Sur les cimaises, des audaces de charme champêtre.. un herbier dirait l'enfance!! Evocation de ces minuscules tiges auréolées de graines ou de pétales que nous avons tous cueillies un jour.. errances merveilleuses et insouciantes d'un séjour campagnard.. déposer alors ces trésors de fragilité entre deux feuilles de papier journal.. attendre.. et, souvent, oublier nos petites créatures.. elles seront vaillantes et re-apparaîtront, à l'improviste, longtemps après, entre les pages d'un livre dérobé alors sur les étagères d'une bibliothèque familiale.. une trace délicate.. les émotions de jadis..

Les photographies de Jenny Lexander, artiste suédoise, nous offrent cette préciosité élégante et délicate, pure et sensuelle..
Chaque fleur porte le nom d'une émotion liée au jour de la cueillette. Elle sera photographiée et tirée sur papier Japon Gampi, papier épais fabriqué à la main et provenant d'une variété de mûrier rare.  Monsieur Seki était seul а fabriquer cette trame..il est parti avec ses secrets..

Ma Fleur se nomme Curiosité.
Elle est de pourpre parée et me parle de coquelicots, petites poupées vermillon qui picorent toujours
les champs de blé de leur ponctuation


Curiosité par Jenny Lexander, 2014 © Collection IdL 


                      
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samedi 8 mars 2014

avec Cathryn Boch

Drawing Now.. le salon du Dessin Contemporain au Carreau du Temple à Paris.. le printemps ose à peine !

Arpenter les allées.. l'air est beau.. flottent, sans fard aucun, des mémoires d'école enfantine.. la mine de plomb, le papier.. presque rien !.. le geste en simplicité extrême de la main, des doigts sur le crayon.. les stands sont sereins.. on y murmure.. atmosphère délicate et confidentielle.. envie de glisser ces papiers dans ma sacoche.. je retiens mon désir du trop, inutile !!

Je m'enivre de ces œuvres muettes et ô combien conteuses d'histoires, de légendes, de simple observation.. les visiteurs glissent dans les allées..

La joie de découvrir alors le travail de Cathryn Boch dont la trame de l'œuvre me fut dévoilée, par hasard, un jour déjà lointain, en un atelier du sud de la France.. des bobines de bois blond, vidées de leur fil de coton beige, jonchaient la bâtisse.. le fil avait zigzagué, décidé et solide, accompagné par le roulement cadencé d'une machine à coudre, sur des photographies sépia.. clichés de l'oubli, de paysages vus du ciel, de réunions de famille..genre " trésors enfouis dans une boîte à chaussures !! "
Le papier gondolait alors sous l’épaisseur de ces coutures, improvisant des bosses et des reliefs.. De ci de là, un soupçon de la photo originale apparaissait..
Le paysage était.. remous de l'antan fouettés par une mécanique proposant, masquée mais bavarde encore, la mémoire de ce qui fut.. quelques brides.. un relief !

L'œuvre aux " trois cabanes noires " rentrait dans ma collection.

Trois cabanes noires de Cathryn Boch © Collection IdL
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 



jeudi 13 juin 2013

avec Wilhelm Junglas

Un petit village des Alpilles, discret.. là des amis en une belle demeure solide, face à la poste.. de l'autre côté de cette tranquillité villageoise, un bistrot de renommée, " une institution " de retrouvailles et de joyeuses ripailles ! Nous faisons tous escale un jour ou l'autre en cette auberge.. pour l'appétit, pour le sourire du patron, pour une partie de pétanque amorcée sous les platanes.. pour libérer le temps..

Une maison donc, belle et fleurie, des espaces généreux et une cave soignée..
Une pièce voûtée, immense et majestueuse, accueille régulièrement des musiciens, des artistes.. des amis qui demeurent attentifs à l'art! des rendez-vous toujours très élégants !!

L'artiste Wilhelm Junglas accroche, en cette année 2013, ses oeuvres, patiemment élevées sous l'enclume de son atelier, le facteur temps complice de la trace, de l'empreinte, de la perturbation du métal ainsi exposé à la lenteur. L'artiste intervient.. fer, rouille, émail.. une force maîtrisée pour redessiner les silhouettes des villages environnants, des profils.. l'étonnant équilibre, toujours, entre le fer, support de poids habillé de rouille, massif et martelé, et la fragilité, la légèreté de la ligne.. le trait sculpté dans le métal!!
Lourd et fragile.
Dehors, sous les denses feuillages des platanes, une balançoire ondoie.. à quelques pas, au verger, des tomates murissent, le soin discret du jardinier en intention majeure !

Je ne fus pas au vernissage.. Attendre la sérénité d'un jour ordinaire pour vagabonder en ces espaces et rencontrer ce Portrait de jeune femme.. ce panneau de rouille est là.. aussi pour la  traîne immaculée qui danse sur le fer !!

Force et fragilité

Portrait de jeune Femme, 2013 par Wilhem Junglas
 © Collection IdL

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jeudi 9 mai 2013

avec Jörg Langhans

Jörg, une rencontre sur le chemin, celui que j'arpente dans le calme et le silence.. un chemin personnel, lumineux et escarpé.. il me conduit vers des êtres drapés d'art, magnifiques! des improvisations permanentes!

Les écritures viennent alors fagoter nos réflexions sur le portrait, l'image, la nature. Jörg Langhans est nourri des écritures d'Antonin Artaud.. des chapitres qu'il me fait découvrir.. quelle liberté! quel trouble dans mes pensées!!

L'envie de connaître son atelier.. c'est important de pouvoir pousser la porte de ces lieux de solitude, ceux qui protègent l'artiste..la recherche, le doute, l'espoir et la création s'entrelacent..
Prendre le TER vers Angy, hameau paisible de Picardie.. là, en une grosse belle maison/atelier il y a sa femme Isabelle, merveilleuse écrivain, artiste délicate aussi..
Il y a deux petits gars.. il y a un chat.. il y a un poêle qui ronronne.. il y a une table dressée et des effluves magnifiques de chou farci..une bouteille débouchée.. un bien être rare..

Descendre à l'atelier, en rez-de-chassée, posé directement sur le jardin en liberté qui galope.
La térébenthine, le papier, les bouts de papiers noircis de mots, de pensées, de pistes, les couleurs, les toiles pincées sur les cimaises.. et les écorces de bouleau, blanches, sur le sol, sur les planches.. partout le bois nous raccroche toujours à la Nature..les écorces ont sauté sur les toiles, le bois surtout en support.. l'huile leur donne majesté et vie, ressenti et étonnement.. l'envie de chausser des godillots et d'aller battre la campagne, ondulante et sans fard.. raccrocher la vie, dehors, et la vie si belle, en atelier!

Ces oeuvres " des écorces" sont exposées peu après par Nathalie Gaillard, à Paris.
Ce tableau d’écorces de bouleau caressé par de délicates fleurs blanches sera pour moi..

Les fleurs blanches.. sont elles ces Dames de 11h qui s’épanouissaient dans les vignes en fin de matinée ? c'est ma grand-mère qui me le racontait..

L’écorce.. l'habit fragile, la peau..

Jörg Langhans - Sans titre - Huile sur bois, 2012



Jörg Langhans - Sans titre - Huile sur bois, 2012, (Détail)







mercredi 17 avril 2013

avec Raphaël de Villers



Raphaël de Villers.. son atelier en terre champenoise est, je vous le disais, un tabernacle de mille objets inédits.
 Là, en cet abri de fortune historique,  je me dirige vers les caisses taillées sur mesure pour les voyages des céramiques, oeuvres aux contours sculptés, réel travail de dentellière.. des éclats d’émaux soudain ruissellent sur leurs versants déjà tant pétris, tellement emplis de fragments de contes, de messages, d’inquiétude peut-être.. l’inquiétude? fi!! tant ces personnages m’offrent une réelle présence ! de l’esprit, de l’humour.. non ! disons plutôt de la personnalité magnifique, grave et audacieuse !!

Brutalement, sans hésitation aucune, j’adopte ces créatures - elles me tendent les bras -  je ne sais plus.. mais la commande fuse et nous suivrons alors, patiemment, et avec toute la magie qui trimbale les échos de voyages en des ailleurs lointains méconnus et inaccessibles, nous suivrons donc la naissance de  « mes «  personnages, de la terre à la cuisson..
Et, par-dessus tout «  ça «  Raphaël me dira  l’inquiétude impatience de l’artiste à l’ouverture des fours, vastes feux communs, pour recevoir, enfin, l’Oeuvre dont la chaleur a su marteler  les formes et désorganiser quelquefois l’intention du maître.. des improvisations qui nous échappent.. mystère et joie de la surprise !!

Elles sont splendides et tellement présentes mes quatre créatures !! de vrais petit diables !



                            
                                


                                                          




vendredi 8 mars 2013

avec Antoine Rozès

L'hiver commence à abandonner ses audaces de courants d'air et de ciel bas et terne..  ce jour là, un peu de bousculade.. l'azur s'impose et offre au promeneur que je suis le désir merveilleux de dйambuler dans le quartier de St Germain des Près.. certes, ce territoire n'est plus celui, endiablé, de nos philosophes et artistes à l'esprit débordant de mots pétillants et tumultueux et aux inscriptions picturales sans entrave..

Arpenter la rue Bonaparte.. franchir le seuil de la galerie de Pamela de Monbrison, ANOA.
Sur les cimaises, Antoine Rozès a accroché ses tirages impression numérique pigmentaire.
C'est un soir de vernissage et je me faufile, incognito, entre les murs de la bâtisse, demeurant à l'écart et autorisant, seul, mon regard а voyager et oser un dialogue avec ces œuvres au tirage particulièrement travaillé
dans le noir, le noir profond et sans ride, le noir claquant disant avec savoir faire l'ombre et la lumière, le tracés de la peau dégagé de toute exagération..
Il y a a cette photographie, longue et ruisselante.. un bras tendu telle une longue louche, réceptacle d'une eau pure généreuse.. l'idée du ruisseau, de la clarté, de l'eau dans tous ses états, celui de la transparence, du murmure, de l'écho des cascades..  celui d'un antan.. soudain s'infiltre en moi..
Il me revient en mémoire un lavoir et ses bassins de préparation de sulfate de cuivre..
Je sais ce bleu délavé qui ne quittait plus les parois de la pierre.. et l'eau s'infiltrait là, juste là, à proximité, pour autoriser ce travail.. la source!!!.. nous pataugions avec les tétards!!

L'œuvre est juste empreinte de cette fraîcheur, éternelle! une force tranquille..

Rituel Lamelliforme -A d'Antoine Rozes 2013
 © Collection IdL


samedi 1 décembre 2012

avec Andrzej Wrona


Noël 2012

La maison d’art, là-haut sur la colline du Luberon est écrin ô combien étonnant d’œuvres et de créations façonnées dans des matériaux les plus inattendus.. surprise toujours je suis de ces rencontres subites  avec ce travail en Art qui, sans tintamarre, se glisse avec majesté dans l’écrin de ce que je nommerais mes envies, disons presque mes nécessités..

Dans les corridors de cette maison, des bustes polychromes taillés dans des blocs de bois par Andrzej Wrona, blocs massifs à la présence puissante et délicate, des bustes donc se baladent, tels les figurants d’un décor de théâtre, décor juste posé là, sans fanfaronnade.. la présence de ces personnages, la douceur des couleurs.. alors.. oui vite une idée!! offrir à mes quatre enfants - c’est Noël bientôt!! - leur buste taillé dans le bois.. une sorte «  d’arrêt sur image ».
Ils ont 20 ans, 22 ans, 25 ans, 27 ans..
Ils sont là.. et ma main, en passant, caresse encore leur joue..

Ne partez pas ô enfance.. et dansez encore, longtemps..

La ronde du temps tournoie..  ne bougez plus !! le sculpteur a dit !!


Clara 20 ans,
bois polychrome par Andrzej Wrona
© Collection IdL
Arnaud 22 ans
bois polychrome par Andrzej Wrona
© Collection IdL



Edouard 27 ans
bois polychrome par Andrzej Wrona
© Collection IdL
Nicolas 25 ans
bois polychrome par Andrzej Wrona
© Collection IdL

dimanche 21 octobre 2012

avec Pip Culbert

Octobre retient encore ses feuilles, ourlées de rouille et d'or.. les raisins violets improvisent silencieusement l'histoire d'un nouveau cru.. une ivresse pour les soirs de coin de cheminée.. le bois séché repose dans la remise.. la lumière clignote sur une variation moins aveuglante.. les tricots parent les épaules.. et là, au verger de Chambre avec Vue, nous savourons ce temps précieux. Il y a Pip Culbert et Bill. Ils sont magnifiques. Bill kidnappe l'ombre de la bouteille, Pip me parle de tissus, de chemises, de drapeaux, de parures. Pip déshabille le vêtement," la finalité de cette entreprise visant à ne retenir de l'objet que sa face cachée pour n'exhumer que son négatif : les coutures ".

Le tissu.. le coton.. quelle vaste panoplie ! quel ondoiement ! ! il y a ce je ne sais quoi de doudou dans ces matières flottantes !

Nous ne sommes pas dans l'évocation de travaux de dames, de ces heures d'application à mettre en place un patron, face endroit, face envers, droit fil et épingles scellant la matière sur le patron de papier craft..
Non !! Pia vide ! Pip découpe avec minutie et patience le vêtement et n'en retient que les coutures..
D'autres plis..

Pip m’écoute, Pip voit mon mouchoir de coton blotti dans ma main.. le mouchoir.. un objet qui clopine à mes côtés depuis toujours..

Nous avons tous en mémoire des adieux de cinéma en mouchoir agité.. un quai de gare.. l'amour part en voyage.
Et le cher Arthur, travaillant méticuleusement chaque cep de vigne ne portait-il pas sur sa tête ce mouchoir de carreaux pourpres, rustiquement noué au quatre coins ? dame, quelle coiffe !!

Pip désarticulera des mouchoirs.. cent mouchoirs blancs grappillés sur les tréteaux d'une brocante de Saint Cristol.
Les carrés seront lavés et ruisselleront bientôt sur la corde à linge, petits drapeaux improvisés claquant au vent.. des fanions.. certains auront pris des bains de teinture de bleu, d'orangé, de carmin ou de vert..
Ils seront désossés.
Pip glissera ces " ficelles " de couleurs en pochettes.. des séries de deux, de trois, de quatre, des pièces uniques aussi ! Pip dessinera sur la feuille adjacente l'architecture de ces  traces - cette matière - ainsi épinglées au mur..
La sculpture est là, imperturbable et sans pli..
Les ourlets en liberté dansent sur mes murs.. quelle présence !!
Merci Pip !!
Tu as tiré ta révérence cet automne..
Au revoir Pip.

Les petits mouchoirs !

Pip, dans son coeur, La chanson de la Chemise

     Couture et soufflet et col,
     Col et soufflet et couture,
     Jusqu'à ce que je m'endors sur les boutons
     Les cousant dans mes rêves...


Les larmes perdues par Pip Culbert,  2012
Les larmes perdues, par Pip Culbert,  2012
©Collection IdL


Les Larmes Perdues ( Etat préparatoire)  © Collection  IdL


Les Larmes Perdues (Etat préliminaire - Matière brute avant travail)
© Collection IdL 

vendredi 21 septembre 2012

avec Marie Denis

Je suis à Saignon, en chambre d'hôte avec vue.. sur l'art, le verger, la nature..
Un vernissage en préparation.. la saison 2011 je crois.. La saison de Pâques et Kamila ouvre la Galerie.. un goûter aux saveurs polonaises parfume la maison.

Marie Denis est l'artiste invitée. Son travail.. un œuf gigogne gigantesque pétri de plusieurs essences de bois..
Je ferme les yeux.. il me revient alors.. le  parfum des forêts (le gemmage des pins des Landes) en lisière du Bassin d'Arcachon.. celui des copeaux de bois de chêne effilochés sur le sol d'un menuisier..la sciure.. c'est l'enfance!!

Marie Denis sera l'artiste qui, au fil de nos conversations, créera une grappe de raisins.. sculptée en bois.. elle sera vide, nue, effilochée de ses grains, ce que l'on nomme une " rafle ".. le squelette du fruit de la vigne.. telle l'image des panneaux des " Leçons de Choses " suspendus au tableau noir de nos écoles primaires, avant .. apprendre le pédoncule, la tige, le rameau, le sarment.

L'histoire du Vigneron !

 L'écrivaine Marie Desplechin accompagne l'œuvre de cette lettre :

" Chère Madame,

Il faudra s’y prendre avec une sorte de tendresse, le déposer doucement sur la table, veiller à ne pas le brusquer, à ne pas déranger la pose qu’il a prise, son déhanchement, l’abandon dans le bois clair. Il faudra garder à l’esprit de la pulpe ronde accrochée au bois, les raisins couleur d’eau ; c’est le passepasse de l’absence, tout ce qui manque s’impose, on voit plus, on voit mieux d’autant qu’on ne voit rien. Il faudra le soulever lentement, le soutenir par la nuque et le creux des genoux, l’allonger pieusement. Il faudra retrouver les gestes de Dionysos, quand il porte Ampelos qui vient d’expirer, piétiné par le taureau qu’il montait. Il emporte l’adolescent dans les bras, il le couche sur
un lit de feuilles, là, son premier amour. Plutôt que de le perdre, il le change en sarment. De son sang, il fait le vin, tout le vin sur la Terre ; avant le sang du Christ, c’est le sang d’Ampelos, prenez, buvez, souvenez-vous de lui. Le sarment, c’est son corps étendu, l’appui du coude, le dos cambré, l’arc des jambes, le cou qui ploie. 

Voilà pourquoi, quand vous le déposerez, il faudra, chère Madame, penser aux Pieta. Ce sont des corps dont l’absence est vivante, et qui renaissent toujours. 

Vous en garderez la promesse. "



Nue (La grappe de raisin) sculpture sur bois de Marie Denis, 2012
 © Collection IdL
(Cliquer sur les images pour les agrandir)  


Nue Détail © Collection IdL


Nue Détail © Collection IdL







Nue Détail © Collection IdL

Nue Détail © Collection IdL














Nue sculptures de Marie Denis, 2012 


 Gouache préparatoire à Nue © Marie Denis 





vendredi 16 mars 2012

avec Marcus Kreiss

Nous sommes au printemps 2012. La galerie de Kamila Regent est animée.. Une nouvelle proposition d'Art pour cette saison dont le porche s'ouvre le jour de Pâques.. Un départ qui redonne éclat et curiosité à ce bout de paradis encore un peu replié dans l'hiver.

Hélène est là. Elle tâtonne en art, mais les dessins à la craie de Marcus Kreiss retiennent son regard.. une Grande Tour de cet artiste effectuera alors très vite le voyage jusqu’à Bordeaux.

Je connais déjà Marcus.. un long travail de réflexion, ensemble, pour la mise en images d'un petit film " Fermer les volets ".. mais ceci est une autre histoire, un profond évènement dans mes déambulations de producteur éphémère..je vous la conterai, un jour, peut être..

Hélène grimpe alors dans l'atelier de la maison de cette Galerie. Là d'autres dessins de Marcus reposent dans des cartons un peu décolorés.. de précieux ouvrages qui constituent la richesse des lieux.. des étonnements, des " choses " oubliées, comme dans un grenier..  des wagons de mémoires s’ébrouent alors et se présentent, étonnés, à la clarté du présent.. l'instant présent, cette grande et belle doctrine au creux de laquelle nous essayons, chaque jour, de grappiller nos essentiels..
Je contemple aussi ce tourbillon de dessins qui, l'air de rien, commencent à joncher le plancher de cette réserve.

Je vous présente " NICE " une oeuvre qui secrètement m'entraîne à l’écart.. le manège du temps.. il y a ces craies fragiles, ces couleurs de terre et de sable.. un extrait de farniente, de soleil, de nostalgie grandiose.. un ailleurs rassurant !

Voyages, voyages..


Nice de Marcus Kreiss 1996  © Collection IdL


                
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